Pourquoi les enfants vivent tout “en grand” : comprendre et accompagner leur intensité émotionnelle
On entend souvent que les enfants “exagèrent”, qu’ils “en font trop” ou qu’ils “dramatisent”.
En réalité, ils ne jouent pas un rôle. Ils vivent leurs émotions avec une intensité brute et totale, sans filtre ni retenue. Ce n’est pas un défaut, ni un caprice. C’est une caractéristique normale de leur développement.
Comprendre pourquoi les enfants vivent tout “en grand” permet de les accompagner autrement : sortir du jugement, passer de la réaction à la présence attentive, et offrir un cadre sécurisant.
1️ L’immaturité du cerveau rationnel
Le cerveau émotionnel de l’enfant (système limbique, amygdale) est pleinement opérationnel dès les premières années, alors que le cortex préfrontal, responsable de :
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la régulation émotionnelle
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le contrôle des impulsions
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la prise de recul
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la planification
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la logique
n’atteindra sa maturité qu’autour de 25 ans.
Conséquence : l’enfant ressent ses émotions de manière immédiate et intense, sans filtre cognitif. Il ne peut pas encore se calmer seul ni relativiser ce qu’il vit.
Ce n’est ni de la mauvaise volonté, ni de la manipulation. C’est du développement neurologique normal.
2️ L’absence de relativisation par l’expérience
Contrairement aux adultes, les enfants n’ont pas encore de références émotionnelles suffisantes pour mettre les événements en perspective :
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Pour un adulte, une dispute ou un refus est temporaire et gérable.
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Pour un enfant, la même situation peut sembler catastrophique, car il n’a pas encore le recul nécessaire pour relativiser.
Chaque émotion prend donc une ampleur proportionnée à leur âge, même si elle paraît excessive à l’adulte.
3️ Une perception du temps différente
Les enfants vivent le moment présent de façon totale et absolue :
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La tristesse semble éternelle
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La joie paraît infinie
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La colère envahit tout l’être sans possibilité de voir la fin de la “tempête”
Cette perception temporelle limitée contribue à l’intensité émotionnelle et explique pourquoi les réactions peuvent surprendre les adultes.
4️ Les émotions comme langage et système de communication
Pour un enfant, les émotions sont un moyen de communiquer ses besoins :
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Pleurer ou se mettre en colère signale souvent un besoin de sécurité, d’attention ou d’autonomie.
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Les mots ne suffisent pas toujours à exprimer ce qu’il ressent, alors son corps parle à sa place.
La co‑régulation parentale est essentielle : l’adulte prête son propre calme pour aider le cerveau encore immature de l’enfant à se réguler, offrant ainsi sécurité et apaisement.
5️ Leur monde intérieur n’a pas encore de nuances
Pour un enfant, une émotion n’est pas “un peu triste” ou “un peu frustré” : elle est totale.
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La joie est immense
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La frustration insupportable
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La peur envahissante
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La colère volcanique
Avec le temps, le langage, et la répétition, l’enfant apprend à nuancer et réguler ses émotions.
6️ La nouveauté et l’intensité du monde
Chaque expérience est une première fois. Chaque frustration est un apprentissage. Chaque changement représente un défi.
L’enfant vit dans l’immédiateté et l’intensité, sans mémoire émotionnelle pour relativiser ou anticiper les conséquences.
7️ La sensibilité comme moteur, pas comme problème
Les enfants sensibles, intuitifs, créatifs ou neuro-atypiques (TDAH, DYS, hypersensibles) vivent encore plus “en grand” :
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Leur système nerveux est plus réactif, plus perméable, plus connecté
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Ils ressentent profondément, observent tout, absorbent beaucoup
Cette intensité est une force, qui demande simplement un accompagnement ajusté et bienveillant.
8️ Comment accompagner les enfants “qui vivent tout en grand”
Offrir un espace sûr
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Accueillir les émotions sans jugement
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Nommer ce que l’enfant ressent : “Tu es en colère, c’est normal”
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Être présent physiquement et émotionnellement
Utiliser la co‑régulation
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Rester calme pour que l’enfant retrouve son équilibre
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Offrir des gestes, des mots ou un regard rassurant
Encourager l’expression
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Autoriser le mouvement, la parole, le dessin ou le jeu
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Créer des routines sécurisantes qui structurent le quotidien
Valoriser les forces
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Reconnaître la créativité, l’énergie et la curiosité de l’enfant
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Célébrer les petites victoires quotidiennes
Ce que tu dois retenir
Les enfants ne vivent pas tout “en grand” pour manipuler ou provoquer.
Ils vivent tout “en grand” parce que :
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Leur cerveau est en construction
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Leurs émotions sont neuves
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Leurs repères sont externes
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Leur monde intérieur est sans filtre
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Leur sensibilité est authentique
Notre rôle de parent ou éducateur n’est pas de réduire cette intensité, mais de l’accompagner avec patience, compréhension et présence.
En comprenant ces mécanismes, on cesse de voir un enfant “qui en fait trop” et on voit un enfant qui fait de son mieux avec les outils qu’il a.
Aurélie